Odradek / Pupella-Noguès

Pôle de création et développement pour les arts de la marionnette

Novembre 2004, Michel Strauss, Shanghai

Michel Strauss, Shanghai,Les portes de l’imaginaire

Les portes de l’imaginaire

Dans le vieux quartier de Shanghai se trouve le Jardin Yu.
Il se découvre comme on feuillette un livre. D’une page à l’autre j’y ai vu l’ombre du mandarin Pan Yun Duan, gouverneur du Sichuan, posée là immobile depuis 1578, Le Pavillon des Trois Epis pour mettre à l’abri toutes les richesses, Le Pavillon pour Admirer la Grande Rocaille d’où l’on peut voir les eaux de la rivière Huang Pu, Le Pavillon pour Regarder les Poissons Folâtrer, La Chambre pour Apercevoir la Lune et sa fenêtre ouverte sur nos pensées, Le Pavillon de la Magnificence du Jade pour s’émerveiller des bijoux de la princesse Ming, Le Pavillon du Regard Silencieux pour dire avec les yeux ce que les rêves proposent.

J’y ai croisé le singe qui mange une pêche, le rat qui veut sortir de l’éléphant, le dragon qui ondule sur le mur et le sage qui lit indéfiniment le même livre.

J’ai attendu au Pavillon de la Tendresse que les feuilles du grand arbre aient fini de tomber vers ses racines. Un tapis de jasmin déroulé dans cette intimité préservée des agitations de la ville.

Les images ont des murs

Shanghai est une jungle enfièvrée. La circulation s’y superpose parfois sur trois niveaux.
Au rez-de-chaussée déambulent dans une pagaille bien organisée, piétons, vélos, tricycles et taxis.
Le premier étage, surélevé de fer et de bitume, est plutôt emprunté par les véhicules de taille et de vitesse moyenne. On y voit passer quelques voitures particulières et fourgonnettes de livraison connaissant bien leur itinéraire.
L’autoroute bétonnée occupe dans les airs le niveau supérieur. Personne ne s’y attarde. C’est le domaine des plus pressés, et des plus imposants : puissantes limousines, automobiles de sociétés, monospaces et transports internationaux. Ils y tracent la route sans perte de temps.

La stratégie de la publicité a su rapidement s’adapter aux contraintes de la circulation : en bas les panneaux d’information à hauteur d’homme, en haut les formats démesurés destinés aux produits de luxe, lisibles à vitesse subliminale et à hauteur de pouvoir d’achat.
Seuls les initiés savent comment passer d’un toboggan à l’autre.
Quelle bretelle pour quel message ? Quel mur d’images choisir ? Quel avenir pour l’affiche d’auteur dans cette overdose de signes ? Comment conduire avec prudence son automobile et sa vie de consommateur ?
En Chine, la circulation des véhicules et des idées ne posent que de bonnes questions !

Michel Strauss
Extraits de “Si tu pars écris-moi !”- Carnets d’un graphiste voyageur

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