Odradek / Pupella-Noguès

Pôle de création et développement pour les arts de la marionnette

Le métier de marionnettiste

Qu’est-ce qu’être marionnettiste ? Belle question…. mais 3500 signes c’est court ! Alors tentons de répondre à cette question mais en y ajoutant « aujourd’hui », qu’est-ce qu’être marionnettiste aujourd’hui ? Comment exerce–t-on ce métier ?
Nous avons la nette impression que tout a changé et que les conditions artistiques et matérielles n’ont plus rien à voir avec celles de nos débuts.
Nous sommes passés d’un métier artisanal qui se transmettait souvent à l’intérieur d’une famille (père fils) ou à l’intérieur d’une famille artistique centrée sur une technique (la famille des marionnettes à gaine, à fils etc.) ou autour d’une figure de « maître », à un métier qui s’enseigne dans des écoles, les pionniers ayant été les pays tchèque ou russe.
N’existant pas d’écoles, nous avions l’obligation d’aller à la rencontre des traditions du monde entier, pour essayer d’y puiser une nouvelle énergie, et pour contester en même temps le théâtre officiel. Nous nous inventions des familles basées non plus sur la technique mais sur une reconnaissance esthétique, idéologique, politique. Ce qui nous amenait volontairement aux marges du théâtre, hors de toute école ou institution, suivant autant que possible les traces du Bread and Puppet ou de Kantor.
Ce qui ne signifiait pas absence de discipline ou de méthode. Le problème fondamental est qu’il fallait se l’inventer, cette méthode, jour après jour, les références traditionnelles ne pouvant pas amener de réponses contemporaines, et les instances du théâtre regardant avec suffisance le monde de la marionnette. Ainsi un parcours s’est construit, transversal, une démarche s’est affirmée, création après création, en inventant l’outil et les mots pour le définir. Une formation naissait à travers un engagement personnel dans la création. Des penseurs comme Craig, Meyerhold ou Maeterlinck ont fait bouger les lignes, tout comme Vitez, mais aussi les marionnettistes eux-mêmes en interrogeant leur propre art : Yves Joly, Alain Recoing, Houdart-Heuclin, Mickael Meschke… Une génération d’artistes s’est battue pour faire reconnaître leur métier et faire que les institutions lui donnent une juste place.
Le métier s’est construit également dans les relations internationales, dans les visites d’ateliers, dans le partage des techniques et des défis. L’idée du compagnonnage marionnette vient surement de là, de cette volonté de dépasser les différences, de la mise à disposition des outils et des savoir-faire, et des besoins partagés de questionnement sur les dramaturgies, les écritures, les nouveaux espaces de jeu.
Le métier était en métamorphose, nous étions à la lisière du théâtre, entre tradition et contemporain. Comme l’écrivait Alain Recoing, l’acteur - marionnettiste se retrouvait face à la théâtralité du spectacle de marionnette. De cette effervescence et de l’expression de ces besoins sont nés les écoles, avec, en parallèle, une prise en compte par l’institution de la marionnette comme Art. Ainsi le marionnettiste et son engagement artistique ont commencé à inquiéter le monde du théâtre : il fascinait pour la manipulation des objets, il posait des questions d’échelles scénographiques pour des univers en perpétuelle transformation, il revendiquait le « fondamental » de la délégation contre toute incarnation.
Le marionnettiste est aujourd’hui « dans » le théâtre, les lieux où le marionnettiste exerce son métier ce sont aujourd’hui résolument des théâtres, mais le métier qu’il exerce revendique et pose toujours autant de questions.
Sommes-nous à une nouvelle charnière dans la définition du métier de marionnettiste ?
Si l’on regarde les définitions données pour ce métier, bien souvent on met en avant un artiste qui fait tout lui-même qui travaille souvent en solitaire. Aujourd’hui on pose les bases du métier de l’acteur - marionnettiste, demain on interrogera le fabricant de marionnette pour ensuite questionner les métiers de metteur en scène ou scénographe de spectacles de marionnette. Les compagnies de théâtre de marionnettes se sont structurées en affirmant des démarches artistiques. Leur économie a changé, quoique encore faible, des outils ont été mis en place (les lieux compagnies missionnés pour le compagnonnage, des scènes conventionnées, des CDN, des festivals aux structures professionnelles…).
Pour essayer de conclure, ce sont surtout les nouvelles conditions d’apprentissage et de formation (écoles de théâtre de marionnette, écoles de théâtre, conservatoires, universités, lieux compagnonnages) qui situent aujourd’hui le métier de marionnettiste dans les frontières du théâtre : aujourd’hui être marionnettiste c’est affirmer un engagement théâtral à travers l’objet « marionnettique » .

Joëlle Noguès Giorgio Pupella, août 2014
Publié dans Manip/Themaa n°40, automne 2014

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