Odradek / Pupella-Noguès

Pôle de création et développement pour les arts de la marionnette

Jacques Templeraud, Théâtre Manarf

1) Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

« Animaux » : des textes. En ce moment j’écris : des bribes d’histoires, fragments de vies, récits mettant en jeu des animaux et des humains. Des comédiens les lisent, accompagnés de musiciens. Une équipe mouvante, tentatives, essais…
C’est un travail en chantier que nous présentons devant des petits publics : classes, théâtres, maisons de quartier, cafés, appartements…Et puis je joue dans différentes compagnies :Théâtre Manarf (Angers), Cie Nathalie Béasse (Angers), Vélo-Théâtre (Apt), Les souffleurs de rêves (La Rochelle), Cie Skappa (Marseille). Certains spectacles sont peu joués, d’autres le sont davantage. Grâce à eux, » je gagne ma vie »

2) Est-ce que ça va ?

Oui. Plaisir d ‘élaborer un spectacle et, plus tard, le plaisir de le jouer et de le partager avec le public. Chaque création est l’occasion d’une rencontre, des rencontres…Il y a le plaisir d’improviser, de chercher l’autre, de le surprendre, d’être surpris…Même si tout ce que nous jouons sur la scène n’est pas rose, tout y est « pour de rire ». heureux de faire ce travail malgré la peur du bide. Mal au ventre…Je vois que dans le dictionnaire, le mot « travail » vient du latin trepalium : « instrument de torture. Le mot désigne aussi la douleur de l’enfantement, l’accouchement. Nous pouvons parler des affres de la création. Oui, des nuits blanches, parfois, des engueulades, des doutes…afin de faire naître une étoile. Ben oui, rien que ça. Tantôt l’étoile scintille, tantôt elle se cache…le jeu en vaut la chandelle. Ça va.

3) Qu’est-ce qui ne va pas ?

La paperasserie. Les Compagnies sont encombrées de paperasserie, et de tracasserie. Que de temps, et d’énergie, pour remplir les dossiers et les cases des écrans ! Pour s’en sortir, à présent, la plupart des Compagnies se consacrent plus à l’administration qu’au travail proprement dit.
Dans les salles de théâtre, nous assistons de plus en plus à de spectacles qui ne sont plus que bien administrés, bien cadrés, huilés, sans risque. Et curieusement, à l’opposé, dans d’autres cadres tout autant bien administrés. nous avons de l’inédit, de l’original à tout prix, de l’émotion exacerbée, de l’événement qui cartonne. Mais où est la place pour un théâtre ouvert à des réelles expériences, au théâtre qui se cherche, qui cherche, qui s’approche du vide, qui s’expose au danger, sans esbroufe, sans grandes démonstrations et sans se prendre au sérieux ? Je ne parle pas d’un théâtre réservé à une élite, mais d’un théâtre soucieux d’explorer, entre autres, des nouvelles façons d’approcher le public, tout le public…Cette préoccupation n’est ni nouvelle, ni originale ; nous pouvons lire des belles phrases et des citations révolutionnaires sur les programmes des théâtres, mais, en fait, la préoccupation est passée dans les coulisses, quand elle n’est pas passée à la trappe.

Jacques Templeraud, septembre 2005

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