Odradek / Pupella-Noguès

Pôle de création et développement pour les arts de la marionnette

Nous ne faisons pas le même métier, mais…

Evelyne Massoutre


Nous ne faisons pas le même métier mais...

nous appartenons au même monde !

Est-ce le signe d’une pauvreté sémantique ou celui d’une fonction hybride, un métier émergeant...ou quelque chose de plus personnel ? Toujours est-il que je récuse régulièrement la qualification de "programmatrice" et que cette question de dénomination soulève bien d’autres...interrogations !

Sous forme de plaisanterie je précise parfois que "mon métier" n’a rien à voir avec l’informatique et qu’il ne saurait se réduire au plus charmant des programmes !
"Médiatrice" serait-il plus juste ? La connotation de résolution de conflits (dont ceux liés aux différentiels de capital culturel) octroie à notre mission éducative, quasi civilisatrice, d’authentiques valeurs dans une perspective qui séduit généralement le personnel enseignant. Sans renier cette responsabilité, notre époque du tout médiatisé (au sens de contrôlé) m’incite à poursuivre plus avant la quête d’identification.

"Entremetteuse" permettrait de saisir la rencontre entre des désirs réciproques : ceux des artistes avec ceux des publics, même s’il n’est pas question d’amour mais de rencontres sensibles. Là réside une autre spécificité du spectacle vivant : celle de la conjugaison de l’intime et du collectif. La dimension affective et parfois fusionnelle du spectacle vivant ne saurait justifier cette image...Poursuivons donc !
Au travers de l’accueil des publics scolaires et familiaux, nous jouons un rôle d’éducation, de préparation à l’écoute, pour faciliter, optimiser en quelque sorte la réception du spectacle.

Cette "mise en condition" du public va de pair avec celle de la confiance témoignée (et renouvelée) à l’équipe artistique et technique accueillie.
Les rituels de bienvenue excèdent de simples formalités. Ils visent à ouvrir, sans rien dévoiler, l’imaginaire des spectateurs afin de le rendre perméable à la proposition artistique.

Précieux, l’accueil des spectateurs et compagnies n’est pas pour autant suffisant. Le temps partagé de la représentation est tout aussi essentiel. Ce, non pour vérifier la qualité du spectacle dûment sélectionné, et généralement apprécié personnellement, mais pour éprouver la qualité de
cette re-présentation.

D’essence éphémère, le spectacle vivant demeure celui de l’expérience unique et non reproductible. Ce qui peut advenir lors d’un spectacle, a fortiori destiné à de très jeunes spectateurs, est l’inverse d’un événement programmé.
Parmi les ingrédients nécessaires à la justesse (et non à la réussite) d’une représentation je souhaite souligner la valeur des publics de qualités.
Curieux, réceptifs et vivants, les publics s’enrichissent de la diversité de leur composition. Sans opposer les séances familiales aux séances scolaires, tout autant justifiées, la communauté composite et éphémère d’une représentation constitue son objet et son sujet.

L’œuvre avec ses interprètes rencontre les spectateurs dans une alchimie créatrice d’un tout, d’une expérience sinon inoubliable, toujours inédite.
C’est ici que notre responsabilité d’organisateur rejoint l’engagement des artistes. A la richesse symbolique, formelle et humaine d’une proposition artistique peut répondre celle de la diversité des réceptions, des niveaux d’interprétation et de l’espace public généré.
C’est également ici que l’art rejoint le concept de culture au sens anthropologique et qu’il côtoie le politique.

C’est ici que je suspends ce témoignage sur l’accompagnement (de l’ouvreuse au guide ?) de la création contemporaine à partir de l’enfance, dans le cadre d’un projet culturel dûment structuré, en amont et en aval de la représentation.
Là réside le sens, l’essence d’une politique culturelle ancrée sur un territoire, qui se développe dans le temps et son approfondissement, au travers de multiples réseaux.
L’avenir de nos professions reste encore et toujours à construire et reconstruire, intégrant des processus d’appropriation autres que ceux dévolus à la société...du spectacle, pardon...je voulais dire des marchands !

Évelyne Massoutre,Directrice-adjointe du service culturel de Sevran, déléguée du festival des Rêveurs éveillés, Octobre 2007

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