Odradek / Pupella-Noguès

Centre de création, formation et développement pour les arts de la marionnette

Odradek/Pupella-Noguès LCMC :Lieu-compagnie missionné compagnonnage marionnette

Compagnonnages de la saison

compagnons déjà accueillis

Espégéca "Rien à voir"

accueil du 27 septembre au 8 octobre 2021 et du 16 au 27 mai 2022


Le propos du spectacle
Notre point de départ est le roman de Kôbô Abé, L’Homme-boîte, où le personnage se
loge dans une boîte en carton et n’en sort plus. Cette boîte n’est pas pour lui un lieu
d’enfermement mais un poste d’observation du monde, un dispositif de vision qui
permet un nouveau mode d’appréhension des choses et de compréhension de la
réalité.
« J’ai le sentiment que la boîte n’est pas une impasse mais un débouché
vers un autre monde… vers où ? Je ne sais pas au juste mais, en tout cas,
vers un autre monde, à part. » Kôbô Abé, L’Homme-boîte, p. 35
Nous souhaitons proposer aux spectateurs de vivre cette expérience de vision
décadrée, les convier à une aventure du regard en les invitant à venir habiter des
boîtes d’où voir, ou plutôt à perce-voir.

Chaque spectateur est posté dans une boîte dotée d’une fente d’où il peut voir sans
être vu. Son champ de vision est cadré par la fente, comme une sorte de périscope ou
de lorgnon, ou peut-être un viseur, un judas, une lorgnette ou des oeillères. C’est à
voir...

Le spectateur n’a pas accès à la scène dans son ensemble mais seulement à des
fragments, des bribes. Comme lorsqu’on regarde par un trou de serrure, il est pris en
étau entre le désir de voir et la frustration de l’image tronquée.
Tour à tour observateur, témoin, espion, voyeur, guetteur, scrutateur, imposteur,
surveillant, projecteur, il est comme un chasseur camouflé à l’affût de l’image ou de
l’événement qui pourrait passer par là. Il tient l’image en ligne de mire. Une image
qui n’est pas donnée mais qui reste à capturer, à construire, à recomposer, à
recoudre, qui arrive comme par accident.
Chaque boîte étant orientée selon un angle différent, personne n’aura le même
champ de vision et, par conséquent, la même compréhension de la scène. Bien qu’il
n’y ait qu’une seule scène, il y aura de multiples manières de la percevoir et de lui
donner sens, un sens qui naîtra à la croisée des points de vue.
C’est une position qui renvoie aux origines du terme grec theatrôn : « le lieu d’où l’on
voit », un certain point de vue à partir duquel se dévoile le champ du visible, en
tension constante avec le non-visible.
Tout est histoires de point de vue, de posture ou d’imposture, de champs, de ligne, de
cadres et de décadrages. Ce sont ces histoires que nous racontons dans ce spectacle.
Celles des regards croisés, des regards voilés, désorientés, interdits. Des histoires
d’horizon, cette « bouche tordue » (Serge Pey), cette trouée vers l’infini, ce point de
fuite.
Il s’agit aussi de tordre le cou à l’idée de public comme masse abstraite blottie dans
le noir à l’extérieur de la scène, avide d’une image de laquelle se repaître, pour
rétablir et interroger la position du spectateur : un regard en train de se faire, plongé
dans une expérience unique de visions, de dévoilements, balloté par les jeux et les
enjeux du visible et de l’invisible.